Un regard scientifique sur les monothéismes depuis les origines jusqu’à l’époque moderne


Accueil > La recherche

Faire corps, union et orthopraxies

par claire - publié le , mis à jour le

Programme de l’équipe 4

Méthodes de la controverse et autorités


Traditions monastiques


Institutionalités religieuses et pouvoirs


Lorsqu’il s’agit de faire l’unité, le religieux paraît se guider à la fois sur l’hénologie, issue d’un modèle néoplatonicien, et sur la fable, en l’occurrence sur l’apologue des « Membres et de l’Estomac » décliné par Ésope, Tite-Live, les stoïciens, Paul de Tarse. C’est dans cette tension, entre deux modèles, l’un prônant l’indifféren-ciation ou l’absolutisation et l’autre la coopé-ration et la relation dans un « faire corps », que le religieux cherche à penser la manière dont un groupe se constitue ou se maintient comme peuple de vrais croyants ou de vrais fidèles, dont il pratique ou subit l’exclusion, dont il accepte ou refuse la réunion forcée.

Nicolas de Cues soutenait dans le De pace fidei que c’étaient les rites, plus que les doctrines, qui constituaient, dans leur diversité, un obstacle à l’unité des hommes, parce qu’ils servaient de prétextes à la division politique et à la guerre ; or bien souvent ce sont des discours qui dictent et définissent les orthopraxies. Celles-ci seront interrogées au regard de l’unité visée, souhaitée, imposée ou refusée.
La clandestinité, constituant l’une des stratégies de contournement de l’unification imposée, et permettant la constitution d’une communauté alternative (avec orthopraxie supplétive), la question du secret et de ses rhétoriques paradoxales sera également étudiée.

LE « FAIRE CORPS » DES MINORITÉS JUIVES, DES « NÉOPHYTES » ET DES MARRANES AU MOYEN ÂGE

Au Moyen Âge, les juifs minoritaires doivent « faire corps » dans une société globale qui les tolère, mais les marginalise un peu (Latran, 1215) – ils doivent s’organiser et s’auto-gouverner. Les « néophytes » (juifs convertis au christianisme) font pour leur part le pari d’adopter de nouvelles pratiques religieuses pour se fondre dans une société dominante pourtant souvent rétive à leur intégration. Les marranes enfin sont souvent accusés de pratiquer des rites clandestins.

Ces questions seront examinées dans le cadre du séminaire mensuel « Varia judaica », organisé par Danièle Iancu-Agou à Montpellier. Plusieurs volumes du Dictionnaire de géographie historique sont annoncés : Claude Denjean, Présence juive en Roussillon Cerdagne ; Michaël Iancu, Occitania judaica.
Plusieurs ouvrages collectifs sont en préparation : Danièle Iancu, Notables juifs et néophytes en Provence, 1430-1530  ; Noël Coulet, Les juifs dans la Provence médiévale.

FAIRE COMMUNAUTÉ EN RÉGIME D’EXCLUSION : ENJEUX RÉFLEXIFS DE L’UNION ET DE L’ORTHOPRAXIE

Aux XVIIe et XVIIIe s., les ambitions politico-religieuses de la royauté française fondées sur l’unité confessionnelle du royaume forcent les sujets protestants à la réunion au catholicisme. Des mesures restrictives de 1656 à l’obtention de la liberté de culte en 1791, les sujets huguenots, alors sans existence légale, sont confrontés à deux défis majeurs : se dérober à l’union forcée et au programme de catholicisation qui dicte une orthopraxie contraire à leur croyance et parvenir à faire communauté dans la clandestinité en travaillant à une reconnaissance juridique. Il s’agit d’explorer les moyens dont ils se dotent pour faire corps durant ce régime d’exclusion sociétale et les formes de militance qui en émanent.

Cette recherche, qui porte sur les types d’insoumissions protestantes, d’insubordinations sociétales et de revendications théologico-politiques, s’articule :

– à un cycle d’études sur l’attachement religieux à l’époque moderne qui questionne les critères d’appartenance à une confession et la façon de « faire corps », en particulier la manière dont les hommes se pensent liés et pensent adhérer à une croyance ;
– à un colloque international à Leyde avec la Bibliothèque wallonne et l’université de Groningue sur les corpus du Refuge et les sources de la diaspora ;
– à un colloque sur les fondements théologiques et politiques de l’union et de la désunion religieuses aux XVIIe et XVIIIe s. organisé avec B. Tambrun.

PROPOSITIONS HÉTÉRODOXES SUR LA MANIÈRE DE FAIRE L’UNION RELIGIEUSE (SOCINIENS, NOUVEAUX ARIENS, UNITARIENS)

Au XVIIe siècle, les unitariens proposent de faire l’union des chrétiens sur la base d’une doctrine commune non trinitaire ; mais les catholiques instrumentalisent l’insoumission « socinienne », pour obtenir la réunion des protestants à l’Église romaine. Le réformé Pierre Jurieu écrit en 1690, à propos de ce qu’il appelle la « cabale socinienne » qu’en raison de la persécution qui lie les mains des réformés, ceux-ci n’ont pas pu employer « toute la sévérité de la discipline pour retrancher du corps les membres corrompus ». Un colloque sur Pierre Jurieu sera organisé par Chrystel Bernat et Brigitte Tambrun.

LE « FAIRE CORPS » ET LES ORTHOPRAXIES DANS LA KABBALE CHRÉTIENNE

Certaines spéculations de la kabbale chrétienne s’efforcent de s’assimiler différents symboles et mythologèmes hébraïques dans le but de promouvoir une compréhension du christianisme et une lecture de la Bible qui rassemblent les tenants d’une vision intellectualiste et « déifiante » de la religion et de la théologie. Sous le rapport de l’orthopraxie, les kabbalistes chrétiens ne se distinguent pas fondamentalement de leurs coreligionnaires, à l’inverse des occultistes qui favorisent – en marge, fréquemment des confessions établies – l’émergence de « techniques » à finalité pratique et spirituelle qui servent de marqueurs identitaires au sein de groupes plus ou moins structurés, mais désireux d’afficher une identité spécifique. Les visées sociétales et « réformatrices » sont loin d’être absentes, et peuvent aller jusqu’à mettre en cause les notions usuelles d’identité personnelle et de propriété du corps (J.-P. Brach).

SOCIÉTÉS SECRÈTES : LA FRANC-MAÇONNERIE

Jean-Pierre Brach publiera les actes du colloque sur « Franc-maçonnerie et religion » (Paris, 2014) avec T. Zarcone et J.-P. Laurant.

Jean-François Brun continuera à étudier le cas précis de la franc-maçonnerie en Velay et Haute-Loire, et notamment la loge du Monastier, créée par des Clunisiens au XVIIIe siècle.

LE CORPS COMMUNAUTAIRE DE LA SOCIÉTÉ ANTHROPOSOPHIQUE

Dans la conférence qu’il prononça en 1923, onze ans après la fondation de la Société anthroposophique, Rudolf Steiner déplorait qu’« à l’égard de la formation d’un corps communautaire », d’un « Je propre à la société », cette Société n’en fût « pas même à ses débuts ». Dans cette « réunion d’Hommes », trop peu de membres se ressentaient comme représentants de la Société, chacun se considérant comme un « individu ». Marie-Dominique Richard s’interrogera sur la manière dont Steiner envisageait le « corps communautaire » de la Société anthroposophique, son « je » non individuel, au regard de l’idée de liberté qu’il avait développée par ailleurs.

LA COMMUNICATION SECRÈTE DANS LE DOMAINE RELIGIEUX, SOUS L’ANGLE DU « FAIRE CORPS » ET DE « L’ORTHOPRAXIE »

Alessandra Pozzo s’interrogera sur les moyens employés pour dissimuler une croyance, l’échanger avec celui qui est initié et capable de reconnaître des indices dissimulés. Les codes secrets sont connus par un cercle restreint de personnes, un corps à part, qui se reconnaît dans une même piété particulière et cache son jeu aux représentants de la pensée dominante. Ces recherches s’élargiront vers l’élaboration d’une « théorie générale du cryptique » dans le cadre d’un projet interdisciplinaire en sciences humaines et sciences physiques.

Post-scriptum :

Vidéos

SILVIO DE FRANCESCHI
Querelles et débats,
l’unité en question


Programme de l’équipe 4

Méthodes de la controverse et autorités


Traditions monastiques


Institutionalités religieuses et pouvoirs


Pour ajuster le titre

Vidéos

SILVIO DE FRANCESCHI
Querelles et débats,
l’unité en question