Un regard scientifique sur les monothéismes depuis les origines jusqu’à l’époque moderne


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Projet Cabbalah

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Humanités numériques

Base de données Cabbala

La Renaissance est caractérisée par la rencontre et l’interpénétration profonde entre différentes traditions sapientielles, philosophiques et reli-gieuses.
Le savoir cabbalistique juif réapparaît dans les cercles humanistes à la fin du XVe siècle et peut être considéré comme l’apex du transfert des savoirs ésotériques et la summa des anciennes doctrines qui refleurissent à la Renaissance sous le nom de prisca theologia.

INITIATION AUX MYSTÈRES DU DIVIN

Vestige des savants juifs, la cabbale introduit l’homme aux mystères de la divinité et de sa manifestation dans la création. Constamment liée à la transmission/réception de la Révélation biblique, elle constitue l’interprétation qui peut éclairer ses inépuisables secrets. Considérée à la fois comme un savoir révélé ou un savoir “secret” concernant le divin, la pensée cabbalistique offre des images, des symboles, des métaphores, des combinaisons qui fascinent alors les savants du monde occidental.

C’est à la fin du XVe siècle qu’un philosophe italien, Jean Pic de la Mirandole, introduit dans le monde savant humaniste une doctrine exotique d’origine juive : la Cabbale. Fasciné par ce savoir secret et caché qu’il considère comme divin, le comte conjugue la mystique juive avec le système doctrinal chrétien, en donnant naissance à la « cabbale chrétienne ».
En interprétant les doctrines cabba-listiques juives à la lumière du chris-tianisme et en offrant une lecture « cabbalisante » du dogme chrétien, ce nouveau courant de pensée propose un système doctrinal et épistémique dans lequel les vérités chrétiennes et juives sont harmonisées, selon une vision unitaire qui remonte à la source de la révélation divine.

 

INTERACTIONS ENTRE CABBALISTES CHRÉTIENS ET JUIFS

Le projet s’est proposé d’examiner un aspect de la rencontre et des interactions entre le monde latin et juif qui concerne les théories hétérogènes de la Cabbale chrétienne sur les différents noms de Dieu et de Jésus dans le contexte de la pensée syncrétique à la Renaissance.

| Le Tetragrammaton, le Pentagrammaton et le Trigrammaton

En particulier, notre étude a mis en lumière les lectures et les interprétations que les cabbalistes chrétiens ont élaborées sur le Tetragrammaton, le Pentagrammaton et le Trigrammaton, en les considérant comme une expression de la nouvelle interprétation christologique des doctrines cabbalistiques juives. Dans la tradition juive, le Tetragrammaton est le nom ineffable de Dieu, composé des lettres iod, he, vav, he (יהוה). Le Pentagrammaton et le Trigrammaton sont les noms de Jésus de cinq et trois lettres. En harmonisant les vérités chrétiennes et juives, selon une vision unitaire qui prétend remonter à la source de la révélation divine, les cabbalistes chrétiens se sont interrogés sur la question de la vocalisation du Tétragramme (יהוה), sur la signification et le symbolisme des lettres qui le composent en développant des lectures herméneutiques intéressantes.

| Le Tétragramme comme le noyau du nom de Jésus

Le projet a examiné les spéculations des humanistes qui ont considéré le Tétragramme comme le noyau du nom de Jésus (Iesus) et le nom de Jésus comme l’achèvement du nom ineffable de Dieu. Ce passage du Tétragramme au Pentagramme ou Trigramme Christique, que Moshe Idel a considéré comme la plus importante acquisition christologique de la cabbale chrétienne, a été abordée par les humanistes de façon différente. L’introduction de la christologie à l’intérieure de la tradition cabbalistique et l’usage des techniques linguistiques en tant que principe épistémique offrent aux humanistes la possibilité de déchiffrer le sens du mystère chrétien.

| Une dimensions mystique du langage

En suivant deux perspectives de recherche distinctes mais liées, le projet a pris en considération la théorie des noms en tant qu’expression d’une mystique du langage avec des implications magiques et performatives. Nous avons axé la recherche sur les œuvres de Jean Pic de la Mirandole, Pierleone da Spoleto, Johannes Reuchlin, Gilles de Viterbe, Nicolaus Camerarius, Francesco Zorzi, Arcangelo da Borgonovo et Jean Thenaud. La recherche a pris aussi en considération des traités juifs inédits qui ont influencé la théorie cabbalistique chrétienne des noms, notamment les textes transmis dans le manuscrit 8526 de la Bibliothèque de l’Arsenal.

 

PUBLICATION

Dans le cadre du projet, la revue « Accademia » a publié un volume thématique Cabbala (Cahier « Accademia » 11, 2018) sous notre direction, en libre accès sur lesite Cabbala.

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HUMANITÉS NUMÉRIQUES

Un autre résultat du projet a été la réalisation d’une base de données, dans laquelle ont été collectés les différents noms de Dieu et de Jésus, repérés à travers l’étude des manuscrits, des sources primaires et secondaires.
La base de données est consultable sur le site : https://cabbala.nakalona.fr 
À travers l’analyse des nouvelles idées syncrétiques, de textes rares et grâce à la création d’outils de base, comme par exemple l’édition des manuscrits et la création de données lexicales (database), nous avons établi une approche innovante à la pluralité des manifestations qui ont caractérisé les rapports intellectuels de l’Orient et de l’Occident, dont la théorie cabbalistique des noms divins est l’exemple le plus probant.