Un regard scientifique sur les monothéismes depuis les origines jusqu’à l’époque moderne


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La théologie comme science (du Moyen Âge à l’époque moderne)

par claire - publié le , mis à jour le

Domaine d’excellence

Philosophies et théologies

Ce projet souhaite répondre à l’exigence de considérer, non seulement le fait religieux, mais la rationalité religieuse. Il semble nécessaire de comprendre, non seulement les faits historiques, sociologiques, littéraires, etc., mais leur sens. La discipline qui en traite a pris le nom de théologie.

Cette discipline est devenue, de l’Antiquité à l’époque moderne, et sans doute au-delà, la structure porteuse de la rationalité occidentale. Pourtant, le terme est ambigu. Il désigne tantôt la compréhension d’une religion par elle-même, dans ses propositions fondamentales, tantôt la compréhension du divin par un discours rationnel, qu’il soit extérieur ou non à cette culture ou tradition religieuse.

L’ÉTUDE DE LA THÉOLOGIE COMME SCIENCE

C’est pourquoi une étude de la théologie comme science a un double objet :
1. étudier comment, d’une part, la spéculation métaphysique sur les dieux, le divin et Dieu, s’est transformée en « science théologique ». Cette spéculation s’est vue couronner, y compris dans la pensée grecque (néoplatonicienne), d’une révélation d’origine divine.
2. montrer comment, d’autre part, les religions monothéistes se sont construites en théologies, sur les canons de la rationalité grecque.

| Problématiques

Cette enquête ne peut manquer d’évoquer trois problématiques :

1. celle de l’universel et du particulier  : les théologies philosophiques sont-elles ou non une partie de la philosophie première ? Peut-on considérer le logos grec comme une forme sans contenu, appliquée aux traditions religieuses (juive, puis chrétienne, puis musulmane) comme à un contenu sans forme ?

2. Celle de la science maîtresse et de la science ancillaire  : est-ce la théologie rationnelle qui doit avoir le dernier mot sur la révélation, ou l’inverse, et doit-elle se guider sur elle ?

3. Celle de l’interprétant et de l’interprété  : qui interprète qui ? les récits mythiques, bibliques ou coraniques doivent-ils être mesurés par l’aune de la raison ? Ou est-ce au contraire, la raison qui doit s’adapter à leurs récits complexes, voire contradictoires, pour en justifier tous les méandres ?

 

| Partir d’une perspective historique de l’Antiquité à l’époque modenre

Il importe d’adopter ici une perspective historique, qui ressaisisse la parfaite continuité entre l’Antiquité et l’époque moderne. Un séminaire s’efforcera de problématiser la question, à partir d’une étude historique qui partira de l’Antiquité, dans son « ouverture » au Moyen Âge et à la modernité.

Rappelons que le mot θεολογία a été forgé par Platon (République II, 379 a 5) pour désigner les anciens récits mythologiques et poétiques (d’Homère ou d’Hésiode par exemple). Initialement, la θεολογία n’est donc pas une science véritable de la nature divine. Ainsi, la θεολογία a été distinguée par Aristote de la « science théologique » (θεολογικὴ ἐπιστήμη). En tant que telle, dans l’Antiquité, elle est inséparable de son statut de « partie de la philosophie ».

THÉOLOGIE, PHILOSOPHIE ET PHYSIQUE

| Dès l’origine, la théologie a pu se définir comme une « science »

C’est dans ce contexte que, très tôt, le théologique a pu devenir l’attribut d’une « science », qui se distingue des récits sur les dieux. Un premier modèle, platonicien et aristotélicien, lie fortement la division des parties de la philosophie à la division des sciences en général, et le livre E de la Métaphysique d’Aristote définit la science théologique comme la science « théorétique » qui porte sur un objet immobile subsistant en lui-même. Le modèle organique stoïcien, qui divise la philosophie en logique, éthique, physique, résorbe la théologie dans la physique, car le Monde lui-même est un dieu, et il n’y a pas de dieux supra-mondains.

Un troisième modèle, lié à l’idée du progrès spirituel et à la psychagogie philosophique, trouve son plein épanouissement dans les écoles néoplatoniciennes de la fin de l’Antiquité (IVe-VIe siècles), et inscrit la théologie à la fois dans un cursus aristotélicien, dont elle est le couronnement (le livre Λ (XI) de la Métaphysique correspond à la fin de la propédeutique philosophique), et dans un cursus platonicien qui culmine dans l’étude du Timée – le dialogue physique – et du Parménide – le dialogue théologique par excellence aux yeux des néoplatoniciens, qui fait correspondre à chacune des célèbres « hypothèses » un niveau de la réalité.

| La constitution d’une théologie dogmatique et celle de la philosophie

Les derniers siècles de l’Empire romain sont marqués par un double phénomène « en miroir » :
- d’une part, la constitution d’une théologie dogmatique chrétienne, qui fait un usage très large des outils conceptuels de la philosophie grecque, notamment platonicienne et aristotélicienne ;
- d’autre part, la constitution progressive de la philosophie « païenne », notamment à partir de Plotin (IIIe siècle), en un système synthétique associant étroitement platonisme, aristotélisme, mais aussi stoïcisme, et en une véritable « science » munie de ses instruments de validation.

La pratique quotidienne, dans les écoles, des textes canoniques, qui donnaient lieu à des exégèses continues et normées, a ainsi été le fondement d’une théo­logie scientifique conçue comme une « partie de la philosophie », dont elle était l’achèvement, le telos.
Les techniques d’interprétation, la recherche des arguments apodictiques, l’effet d’autorité des révé-lations – chaldaïques ou orphiques – venant con-firmer les doctrines philo­sophiques d’Aristote ou de Platon, et l’apparition de formes systématiques portées à leur ­perfection par Proclus (mort en 485) ont conduit à l’éclosion d’une véritable « théologie comme science », bien avant les développements médiévaux.

 

| Les "Éléments de théologie" de Proclus

Chez Proclus en effet apparaissent pour la première fois la forme de la « somme théologique » (par une mise en cohérence des enseignements théologiques épars dans les dialogues de Platon) et d’un « traité des noms divins », dans la Théologie platonicienne, dont le pendant systématique, par théorèmes et démonstrations, sur le modèle euclidien, fut le traité intitulé Éléments de Théologie – considéré comme un lointain précurseur de Spinoza. Une partie de ce programme transversal, prolongeant le programme de partenariat du LEM avec l’Université Laval (« Raison et révélation : l’héritage critique de l’Antiquité », projet du CRSH du Canada), étudiera les diverses étapes de l’émergence de la théologie comme science, de l’Antiquité à l’époque moderne en passant par le Moyen Âge.

Post-scriptum :

Programmes du LEM

Philosophies et religions


Dieu d’Abraham,
dieu des philosophes

Les noms divins

Exégèse philosophique du Coran

Controverses sur
les écritures canoniques
de l’islam

Traduction des
Éléments de théologie de Proclus

Programme ANR Liber de causis

Albert le Grand et le Liber de causis

Traduire Duns Scot

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