Un regard scientifique sur les monothéismes depuis les origines jusqu’à l’époque moderne


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L’œuvre de restauration du chant syriaque et chaldéen

par claire - publié le , mis à jour le

Dom Jeannin (1866-1933), bénédictin de La Madeleine de Marseille (congrégation de Solesmes), dans la continuité de Dom J. Parisot (Ligugé), fut rapidement remarqué par ses travaux sur les traditions liturgiques et musicales syriennes, menées en collaboration avec deux confrères, Dom Puyade et Chibas-Lassalle (Belloc), dans le contexte de l’intérêt pour les églises orientales promu par Léon XIII. Un imposant ouvrage sur les mélodies syriennes fut publié en 1924 et 1926 (Beyrouth, 1928), restituant un corpus de 900 chants liturgiques syriaques.
Ce projet vise à étudier d’une part le milieu concerné par ces études musicologiques et liturgiques et les réseaux mis en œuvre grâce à un inventaire des sources (correspondances, documents d’enquête, manuscrits utilisés) le plus souvent conservées dans des fonds privés en France (Solesmes, Ligugé, Belloc, Ganagobie) et au Liban. D’autre part, il s’agit d’étudier la transmission orale, sonore et écrite du corpus liturgique et musical concerné.

ANALYSER L’ŒUVRE DE BÉNÉDICTINS ORIENTALISTES ET LITURGISTES DE LA FIN DUXIXe

Ce projet du Labex Hastec a pour objet l’analyse de l’œuvre d’un certain nombre de bénédictins orientalistes et liturgistes de la fin du XIXe siècle et des premières années du XXe siècle, dom Jules Jeannin en particulier, consacrée à la connaissance et à la sauvegarde et la transmission du chant syriaque. Pour ce faire, il s’agit à la fois de comprendre le contexte et les conditions qui ont permis ce travail et les méthodes employées, en ayant recours aux sources habituelles que sont en particulier les correspondances et papiers de ces érudits, sources conservées pour l’essentiel dans quelques abbayes bénédictines françaises et au Liban. Projet pluridisciplinaire, il réunit et concerne à la fois des historiens contemporanéistes, des spécialistes du monachisme bénédictin, des musicologues et des musiciens spécialisés dans l’interprétation des chants issus de la tradition orientale, syriaque en particulier, mais aussi grégorienne.

ÉTUDIER LE CONTEXTE HISTORIQUE DES TRAVAUX DE DOM JEANNIN SUR LES MÉLODIES SYRIENNES ET CHALDÉENNES

Si les travaux de Dom Jeannin sur les mélodies syriennes et chaldéennes sont bien connus, surtout dans les communautés chrétiennes du Levant, le contexte historique de ce grand œuvre est resté dans l’ombre de la restauration du chant grégorien après la seconde guerre mondiale. Or un ensemble d’archives inédites, conservées dans les Abbayes de Ligugé, Ganagobie, Belloc et Solesmes, viennent enrichir d’un formidable apport, les contours d’un véritable mouvement intellectuel, spirituel et artistique autour de plusieurs figures, non seulement Jeannin mais encore ses confrères Dom Puyade, Chibbas-Lassalle et surtout, Dom Parisot, correspondant de grandes figures comme Gastoué, Aubry, Paranikas ou Raouf Yekta. Si l’on ne peut encore parler d’une véritable école de musicologues, ces intellectuels religieux s’inscrivent effectivement dans un vaste mouvement en faveur des « chrétiens d’Orient » lancé par le pape Léon XIII, qui par la Constitution Orientalium dignitas ecclesiarum de 1894, marqua un coup d’arrêt à la latinisation forcée des églises, invitant les chercheurs, européens entre autres, à prendre en très haute considération le patrimoine du Levant.

Des missions d’étude de ces moines de rite latin et romain sur le terrain, en « Turquie d’Asie » (Constantinople, Smyrne), puis à Charfé, Mossoul, Damas et Jérusalem, des collaborations avec les communautés présentes en France (Saint-Julien le Pauvre à Paris, Saint-Nicolas-des-Grecs à Marseille) ont puissamment contribué à construire pour leur part une véritable musicologie comparée, similaire au méthodes élaborées par Baumstark dans les sciences liturgiques. Les études et transcriptions des répertoires syriaques, chaldéen, avec des incursions dans les traditions synagogales, sans oublier bien sûr le chant byzantin grec, ont eu d’importantes retombées sur les conceptions de la restauration de leurs propres traditions latines, notamment le chant grégorien.

REVALORISER CE TOURNANT DU XXe S. EN EUROPE

Après une présentation historique et bio-bibliographique de ces protagonistes, analysant les parcours individuels, la situation des communautés bénédictines concernées durant la même période et la place qu’ils occupent dans la tradition intellectuelle bénédictine, nous tenterons de dégager les grandes lignes d’une musicologie dont les méthodes permettent de considérer ce mouvement comme avant-gardiste (composante ethnomusicologique, théorie du langage, modalité et flexibilité de l’intonation, rythme et métrique, etc.).
L’admiration que ce mouvement peut susciter aujourd’hui, nous invite à une revalorisation de ce tournant du XXe s. en Europe. Il augure de prometteuses recherches et applications pour les restitutions musicales de patrimoines, où Orient et Occident n’opèrent pas toujours une distinction pertinente.